Binationaux et étalons : Remettre le talent au centre des débats
"On convoque un binational parce qu'il est talentueux, pas parce qu'il est binational"
Binationaux et Étalons : remettre le talent au centre des débats
Le débat sur les binationaux dans les sélections africaines revient régulièrement, souvent chargé d'émotions et de positions tranchées. Au Burkina Faso, il n'échappe pas à cette règle. Pourtant, une formule d'un aîné récemment dans nos échanges mérite qu'on s'y arrête : « On convoque un binational parce qu'il est talentueux, pas parce qu'il est binational. » Derrière sa simplicité apparente, elle pose les bases d'une réflexion saine sur ce que doit être la logique de sélection.
Une équipe nationale a pour mission première de réunir les meilleurs joueurs disponibles et éligibles pour défendre les couleurs du pays. Ce principe, universellement admis, devrait suffire à trancher le débat. Le critère de convocation est sportif — et sportif seulement. La nationalité, qu'elle soit unique ou double, définit l'éligibilité d'un joueur. Elle ne dit rien de sa valeur sur le terrain.
Confondre ces deux réalités — le statut administratif et la valeur footballistique — est une erreur de raisonnement qui peut coûter cher sportivement.
Le statut de binational : un vivier, pas un privilège
Il convient de distinguer deux moments dans la gestion des binationaux : la détection et la convocation. La détection, elle, peut et doit s'élargir aux joueurs évoluant à l'étranger et éligibles aux Étalons. C'est un vivier légitime, une extension naturelle du réservoir de talents disponibles. Mais dès qu'il s'agit de convoquer, un seul filtre doit s'appliquer : le niveau actuel du joueur, sa capacité à apporter au collectif, sa forme du moment.
Un binational moyen n'a rien à faire dans un groupe dont un local talentueux est exclu. L'inverse est tout aussi vrai.
Deux écueils guettent toute fédération qui perd de vue ce principe fondamental.
Le premier est le recrutement de façade : convoquer des binationaux pour leur valeur symbolique, pour afficher une équipe cosmopolite ou répondre à des pressions extérieures, sans que le niveau sportif ne le justifie. Cette démarche fragilise la cohésion du groupe et envoie un signal désastreux aux joueurs locaux.
Le second est l'injustice envers ces mêmes joueurs locaux. Ceux qui évoluent dans le championnat national ou non binationaux qui construisent leur carrière au pays où hors méritent une évaluation équitable. Les écarter au profit de binationaux moins performants, c'est décourager une génération et appauvrir le football burkinabè dans ses fondations.
Le binationalisme est une réalité dans le football contemporain. Il serait contre-productif de le rejeter idéologiquement, comme il serait dangereux d'en faire un critère de sélection implicite. La bonne approche est celle du discernement : identifier les talents, quel que soit leur parcours, et ne retenir que ceux qui élèvent le niveau de l'équipe.
C'est précisément ce que rappelle la formule de l'aîné . Non pas un rejet des binationaux, mais un recadrage salutaire : ce qui compte, c'est ce que le joueur apporte sur le terrain. Rien d'autre.
En conclusion le débat sur les binationaux ne se résoudra pas par des postures idéologiques, ni dans un sens ni dans l'autre. Il se résoudra par une exigence simple, constante, non négociable : le mérite sportif. Une sélection nationale forte est une sélection qui choisit les meilleurs où qu'ils soient nés, quel que soit le nombre de leurs passeports.
Le reste, c'est du bruit.
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